Quand un coureur invétéré se trouve confiné, qu’est- ce qu’il fait ?… Il rêve…

Elles m’appellent, me hèlent, m’interpellent à chaque fois que je passe près d’elles.

Elles ? Ce sont mes chaussures qui me susurrent, me murmurent, me conjurent : vient, glisse tes pieds dans nos chaussons, nos cocons, emmène- nous sur les chemins et les sentiers à travers la forêt, comme avant le temps du confinement.

Mais, leur répondis je, vous savez bien que ce n’est pas possible, on ne peut s’éloigner à plus d’un kilomètre de la maison, pfff… 1 kilomètre, 2 aller-retour…, même pas le temps de s’échauffer, de s’entraîner, de se griser…

Alors, assis sur mon canapé, réduit à l’inactivité, je me prélasse, je rêvasse et mon esprit bravasse refuse cet interdit inédit.

Courir, courir…

Je nous revois, mes chaussures et moi, trottiner sur les sentiers du fond de la vallée vers les sommets.

Courir, courir…

Je nous revois parcourir les chemins, pierreux, herbeux, poussiéreux, neigeux, rocailleux, boueux, goudronneux.

Courir, courir…

Leave nothing but foot step, ne rien laisser que des traces de pas.

Courir, courir…

Pour qui ? pour quoi ? après qui ? après quoi ?

Peu importe ! Au début les jambes ne répondent pas, le cœur ne suit pas, le souffle trop court, bon sang ! J’avance pas !

Et puis… vient l’adrénaline qui comme une piqure dans l’échine vous survitamine et tout l’organisme s’anime.

Courir, courir…

A ce stade les pollutions du corps se dégradent, le plantigrade devient digitigrade, l’esprit s’évade… c’est l’escapade…

Courir, courir…

Mes poumons vont éclater, j’ai la gorge assécher, je tousse, je tousse pour pouvoir cracher, j’ai du mal à respirer, je ne fait que transpirer…

Soudain couvert de sueur, j’ai peur !

Mais j’ai tous les symptômes ! toux, détresse respiratoire, fièvre…

Le coronavilain m’aurait il fait monter dans son train ?

Non… c’est le chemin qui monte, qui grimpe sans fin…

Courir, courir…

Mon cœur tape, mes tempes frappent, ma langue râpe, mes muscles s’écharpent et mon esprit dérape.

Et puis… vient l’endomorphine qui comme une marée sibylline envahit la circulation sanguine et la douleur s’élimine…

Alors le chemin n’existe plus, le corps n’existe plus, le temps n’existe plus…

Ne reste que la plénitude de la solitude, l’ivresse sans la détresse, le nirvana sans la ganja, l’extase sans stase !

Je vole, je ne touche plus terre, j’accélère…

Libre… je me sens libre…je me sens vivre et je m’enivre.

Et puis…je me réveille.

Assis sur mon canapé réduit à l’inactivité je vous vois mes fidèles basquets qui m’appellent, me hèlent, et m’interpellent.

Oui je vous le promets, après le 11 mai je vous emmènerai trottiner sur les entiers du fond de la vallée vers les sommets.

Courir, courir…

Leave nothing but foot step, ne rien laisser que des traces de pas.

Rejoindre la conversation

1 commentaire

  1. Je vais apprendre ce texte par coeur tout en me remémorant au plus près d’elle cette belle voix. R.S

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *