D’un couple de grenouilles qui frayent en apnée au fond d’une mare, au parcours téméraire d’une louve en goguette. Ce n’est pas parce que le Corona Vilain guette, qu’il faut se priver… Alors voici pour vous un petit conte printanier, histoire de se déconfiner !

Marie et le Loup

C’est l’heure du déjeuner. On s’attable, sur la terrasse. Giorgos a cuisiné du riz blanc et l’a servi dans un grand plat dans lequel on a envie de se servir avec les doigts. Il a même mis des raisins secs sur le dessus, et ça me fait saliver. Les minis poireaux récoltés la veille et nettoyés avec soin par Isa et Thomas sont sur la table aussi, accompagnés d’un mélange exquis de tomates, ail, de petits bouts de lard et de cette touche magique qui rend toutes ces choses simples si délicieuses. Le soleil est un peu plus timide qu’hier mais il est suffisant pour rosir mes avant-bras… 


Juste pour voir, Peiyo se penche sur la mare qui jouxte la terrasse et se bidonne à observer deux grenouilles en train de s’accoupler, en apnée. Il prend des photos. La nature s’en donne à cœur joie, et les batraciens s’éclatent en se foutant bien de savoir qui est cet être si curieux qui se mêle de ce qui ne le regarde pas.
HhhhH… Mais !!! Soudain, essayant de chuchoter mais ne pouvant cacher sa surprise, Giorgos dit « Look ! Look ! » Nos yeux perplexes suivent son doigt pointé vers le pré en contre-bas et là : un loup. UN LOUP.
Nous sommes tous les 6 médusés d’apercevoir en effet la course fluide d’un animal si beau, si rare et dont la seule évocation nourrit des fantasmes. Sous nos mirettes, la créature trace sa route à travers la steppe qui nous entoure. On dirait une petite louve !
Elle est là, tout près, et nous régale d’un spectacle fou. Son allure est décidée, elle a un objectif, c’est sûr. Elle nous a vus, c’est sûr aussi. Et elle nous entend, évidemment. Ses sens aiguisés lui ont signalé notre présence bien avant qu’on ait pu nous-même nous rendre compte qu’elle était là, voisine.

Nos 12 pupilles s’écarquillent pour y croire, et suivent attentivement cette silhouette bizarre, si merveilleuse, un peu fantômatique. On peine à réaliser à quel point c’est incroyable d’apercevoir, ici, ce grand prédateur insoumis. Nous nous sentons privilégiés, parce que nous sommes des touristes… et nous ne sommes pas bergers… Mais c’est fou ! Vous vous rendez compte, comme c’est fou ?
Nous ne quittons pas la bête du regard. Instinctivement et vite, nous avons fui la terrasse. À pas de sioux, le dos un peu courbé, nous courrons comme des gamins qui jouent à cache-cache. On veut tout voir, ne rien rater, et pouvoir nourrir nos souvenirs de ce qui se trame juste là, parce qu’on sait que c’est exceptionnel, et que dans 20 secondes, 10 peut-être, l’animal aura filé dans les sous-bois, et nous aura laissés là, les bras ballants et le palpitant à bloc, ébahis.

La louve ne nous regarde pas. Elle s’en fout. Elle préfère nous ignorer. Elle a un truc à faire de toute façon. Des tas de trucs à faire. Le rythme de sa course est resté constant depuis que nos yeux se sont posés sur elle, et elle emprunte même une de nos routes ! Ses pattes foulent le goudron. Et d’un coup, à la lisière de la forêt, derrière une maison : fffoouitt. Elle s’engouffre et disparaît. Evaporée. Partie. 

Je me retourne et je vois les yeux émus de mes 5 acolytes, incrédules, heureux. Le regard de Peyio est celui d’un môme de 10 ans. C’est beau à voir. Il a pu prendre des photos !

Ça y est, la louve est à nouveau cachée par les bois, là d’où, sans aucun doute, elle nous observe régulièrement, sans qu’on n’en sache rien. 

Si ca s’trouve elle se dit qu’on a l’air d’être idiots. Si ça s’trouve elle est rentrée chez elle et a raconté à sa meute qu’elle avait aperçu 6 andouilles crier « Lupus !Lupus ! » pour attirer son attention, alors qu’elle s’appelle Françoise et que de toute façon elle ne se serait pas arrêtée pour partager l’apéro avec nous. Parce qu’elle n’est pas bête, et que si ça s’trouve, on est contagieux. 

Marie

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6 commentaires

  1. Merci pour ces jolies histoires, c’est fou ce loup!! C’est un rêve d’en apercevoir …un jour.
    Prenez soin de vous
    Quel endroit magnifique

  2. Très beau texte agréable à écouter par les temps qui courent… Et un autre objectif pour notre confinement dans la vallée : essayer de revoir la louve !

  3. Quel plaisir d’avoir repris contact après tant d’années. Quel plaisir de pouvoir écouter Radio Fond de France depuis Seyssins.
    Je viens de découvrir cette radio et d’écouter les nouvelles de Françoise. Il y a du talent dans le récit. Bravo.
    Je transmets sans tarder le lien de RFDF à ma fille Juliette qui vit maintenant en Ecosse, mais a gardé un bon souvenir de Thomas et de l’Aubergerie.
    Amicalement, Jean-Paul

  4. Un grand merci du fin fond du Gard , au pied des Cévennes.
    Un très joli texte , dit avec une jolie voix et une fin à méditer.
    A la « revoyure » comme on dit par chez vous.

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