Chronique à plumes, avez-vous déjà essayé de peindre un oiseau ? Un dénommé Prévert nous livre sa méthode, façon Haut-Bréda. Et pour les peindre, on vous donne un petit indice : il faut d’abord les écouter …

POUR FAIRE LE PORTRAIT D’UN OISEAU

Pour faire le portrait d’un oiseau
Peindre d’abord une cage
Avec une porte ouverte
Peindre ensuite Quelque chose de joli
Quelque chose de simple
Quelque chose de beau
Quelque chose d’utile pour l’oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
Dans un jardin
Dans un bois
Ou dans une forêt
Se cacher derrière l’arbre
Sans rien dire
Sans bouger
Parfois l’oiseau arrive vite
Mais il peut aussi bien mettre de longues années
Avant de se décider
Ne pas se décourager
Attendre
Attendre s’il le faut pendant des années
La vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
N’ayant aucun rapport
Avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive S’il arrive
Observer le plus profond silence
Attendre que l’oiseau entre dans la cage
Et quand il est entré
Fermer doucement la porte avec le pinceau
Puis Effacer un à un tous les barreaux
En ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
En choisissant la plus belle de ses branches
Pour l’oiseau
Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
La poussière du soleil
Et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
Et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
Signe que le tableau est mauvais
Mais s’il chante c’est bon signe Signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
Une des plumes de l’oiseau
Et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau
Jacques Prévert

Avec, par ordre d’apparition dans la poésie de Jacques Prévert :

Le Pic épeiche
La Mésange charbonnière
La Mésange noire
La Mésange bleue
Le Grillon champêtre
Le Merle noir
Le Pouillot véloce

Tous ces oiseaux et bête de l’herbe peuvent te rendre visite dans ton jardin
Pas besoin d’une cage pour les admirer, même peinte avec ton pinceau.
Des yeux ? ça tu as.
Des oreilles ? ça aussi tu as, alors te voilà équipé.
Si tu veux augmenter tes chances, place une mangeoire remplie de graine de tournesol, bien en vue depuis une fenêtre, ou de ta cabane, ou d’une cachette.
Alors au bout d’un certain temps, tu verras défiler tous ces oiseaux et pleins d’autre encore, assurément.

Tous les chants d’oiseaux et le Grillon ont été enregistrés exclusivement dans la vallée du haut Bréda. Toute confinée, très loin des bruits d’avions et autres moteurs parasites.

A Rafaël, Anouk et Elsa. L’aubergerie le dimanche 26 avril 2020

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3 commentaires

  1. Bravo Pierre pour cette belle chronique et merci à Thomas ! D’ailleurs, Jacques Prévert aurait certainement adoré participer à vos chroniques. Quant aux prises de son, c’est toujours un régal.

  2. Merci Pierre pour ce beau texte et ces belles photos. De chez moi à Grenoble on ne voit pas beaucoup des d’oiseaux. Des pigeons bien sûr – Pouahhh ! – des moineaux, des corneilles noires. Et bientôt des hirondelles. Si tu écoutes les histoires du vieux bonhomme, il parlent de ces corneilles voisines. Quand je me suis installé à Grenoble il y a 4 ans j’ai eu des mésanges qui sont venues sur ma terrasse, j’en ai des photos et même une petite vidéo. Depuis les moineaux les ont chassé mais j’aimerais bien qu’elles reviennent. À bientôt Papé

  3. En grande inculte en ornithologie, je vais pouvoir mettre des visages sur ces « vedettes » qui habitent dans mon coin de ciel ! Merci Pierre et à RDF pour ces leçons de « sciences naturelles ».

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