Le Covid-19 n’a pas atteint, fort heureusement, la Nature. Pourtant, ce confinement imposé et salutaire pour mes congénères est un Enfer pour les vers de terre.

Voici le récit que mon ami, le ver de terre, nous a livré hier soir à la veillée, pour témoigner… un Enfer sous terre, à c’qu’il paraît !!

L’Enfer du ver de terre,

Voici que je reviens, pleine d’un entrain contagieux pour vous parler de mon voisin, le VER de terre.

Ami proche, sans reproche, que l’on oublie en ces temps-ci de pandémie, à nos pieds il vit sa vie terrestre, sous séquestre.

Hier soir à la veillée, fatigué traumatisé il s’est confié :

« Qui prend de mes nouvelles dans vos chaumières ? … le Monde s’est arrêté de tourner il parait, et enfermés, calfeutrés à la demande de leurs autorités, les Hommes se terrent dans un ordinaire qui m’indiffère.

Après tout la Nature n’en a cure de ce virus, ce coronavilain qui craint pour Vous humains !

Pourtant si personne n’y pensait, pour les affaires des vers de terre c’est un Enfer !!

Non salarié non syndiqué je travaille sans relâche à vos parcelles afin de donner à vos propriétés de la gaité certes mais aussi une certaine productivité.

Volontaire, peu fier sous mes airs de misères, je sonde, je creuse à la lumière de la nuit sans le moindre ennui. Le noir EST la Lumière, Black is black sur ma bannière !

Et bien sûr, comme pour vous les hommes, j’ai des secrets j’ai des faiblesses. A trimer sans cesse dans ces entrailles, j’ai besoin d’air et d’allégresse. MAIS quel pied de souffler un peu, batifoler et gambader 6 pieds sous terre ! Faut vous dire le samedi soir dans nos couloirs c’est l’Exutoire !!

Sapé dans mon complet bleuté, j’emprunte le périf pour retrouver mes dulcinées au Paradise Gallery. Branché il est un lieu prisé de nous autres invertébrés, NOUS, les architectes des ténèbres, les bâtisseurs des profondeurs. Cœurs et corps à prendre, ces rendez-vous sous le pied du Pommier sont un délice !

La musique y BELLE sensuelle parfois un peu lubrique pour nous lombrics !

Roots, racines langoureuses où je me glisse, j’ondule mollement et sans scrupule mon corps mouvant autour de ces sublimes à la peau lisse jusqu’à… l’Extase… Mais quel supplice de dire adieu à ces exquises CAR Là haut sur cette terre encore gelée peu réchauffée, DES jardiniers privilégiés d’un bout de terre, confinés loin de leur société, s’épuisent à s’occuper pour oublier une destinée mal engagée. Désespérés ils se sont levés armés de leur pelle, prisonniers de leur lopin de terre, ils meurtrissent leurs parcelles de coups cruels parfois mortels. C’est un Enfer je vous l’disais !

Plus nombreux qu’à l’accoutumé, ces jardiniers guerriers d’une humanité désenchantée, assiègent nos forteresses. Blessés écrasés massacrés ils nous maltraitent Nous pauvres êtres au nom de la Beauté, d’une souveraineté alimentaire qui m’exaspère !

Voilà, la veillée s’est terminée et mon ami le Ver de terre s’en est allé. Désabusé il voudrait croire que son histoire aura éveillé chez quelques jardiniers bien intentionnés, une certaine forme de curiosité, un certain intérêt dénué de tout préjugé.

Flo

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