À l’attention de tous ceux dont le cerveau bout en ces temps si particuliers. Ceux dont le sommeil est capricieux. Ceux dont les rêves, les vrais rêves de la nuit, sont si bousculés et biscornus. Et pour tous les autres aussi. 

Lalalalaaa… J’ai sommeil bordel.

J’ai du temps. Je ne travaille pas, et j’ai le droit. Le confinement, donne droit à ça. Je glande, je ne fais rien, je me gratte et je fume des clopes. Je grignotte. Y’a toujours des trucs merveilleux à grignoter au paradis, et j’y suis. 

Bon, mais moi j’ai sommeil. Qui a sommeil ? Qui dort bien ? Qui arrive à dormir TOUT COURT en fait ? Et vos rêves ? Ils ressemblent à quoi ? Moi je ne dors pas bien. Je suis coincée, et je passe mes journées à errer. Qui erre aussi ? Qui traîne la patte ? Vous la voyez l’ombre qui plane ? Bien sûr que vous la voyez. C’est le printemps alors les jours rallongent et le soleil s’attarde. Mais y’a de l’ombre quand même. Baaahheeu si, y’a de l’ombre. Voilà. 

Y’a des rêveurs, des discrets, des sensibles et des soucieux dans la salle ?

Tous. Ils sont tous ultra créatifs. Les gens que je connais, et tous les autres aussi, hein. Tout le monde crée des trucs. Tout. Le. Monde. Sur les réseaux, chez eux, seuls, entourés, ils ont tous des idées, y’a des miracles qui sortent de la tête de tout le monde. Chaque crâne est une sorte de volcan en éruption. Et la lave qui jaillit, et qui coule, ce sont les idées. C’est tout chaud, ça brûle, c’est spontané et ça déferle. La création de trucs. La proactivité… Ffffff… Lâcheeezz-moiaahaa.

Y’a des vidéos hilarantes qui pululent, on accorde son banjo poussiéreux et on l’apprivoise, on apprend une langue étrangère, qui devient familière, et ça potasse, très sérieusement. Ça dessine, ça peint, ça construit, ça fabrique, ça recycle !

T’habites un 15m° ? Mais c’est pas graaave, tout est possible’han ‘suffit simplement qu’tu te sortes les doigts duhuuuu ! Tu transformes ta maison en gymnase malin, en terrain de jeux cocasses, en atelier d’arts plastiques et en tatamis géants. Ça écrit, ça chante, ça raconte, ça partage. Ça invente des trucs et tout le monde travaille à devenir, enfin, meilleur qu’avant. 


Hé ! les rêveurs, les discrets, les sensibles et les soucieux ? Y’a quelqu’un ?

Et moi j’erre. En l’état haha ! Je suis au paradis et pourtant, je traîne. Moi j’aimerais bien aussi, être meilleure qu’avant. Ou en tout cas devenir, pour de bon, une version plus stylée, plus aiguisée, plus vraie, ou chais pas.
Moins rêveuse, moins discrète, moins sensible et moins soucieuse.

Mon cerveau est mou… et rigide. Il flotte dans ma boîte crânienne. J’ai l’encéphale libre et enfermé. Il a les yeux ouverts mais il s’agrippe et se tient fort aux parois comme pour amortir et absorber les coups, et accompagner les mouvements de ma tête sans taper les bords. MAIS VAS-Y MAIS MEC MAIS LACHE-TOI Làààà ! Roule, fais des trucs, compose un langage, chante à tue-tête, fais des rimes, invente un sport, bâtit un empire. Règne en maître, putain !

Faudrait ptêtre que je dorme pour avoir de l’énergie, et pouvoir faire tout ça. Mais je ne dors pas, je ferme juste les yeux. Vous dormez vous, la nuit ? Qui dort ? Qui dort BIEN ? 

J’ai sommeil pourtant, la vache… Vous avez sommeil aussi, vous ? Et vos rêves ? Ils ressemblent à quoi ?

Je sais que la nuit, c’est l’occasion idéale pour la cervelle de faire des mises à jour. Attendez, qu’est-ce que je raconte ! c’est pas juste « l’occasion idéale », la nuit, pour la cervelle, de faire des mises à jour. La nuit est FAITE pour que la cervelle fasse ça. De belles grosses updates qui rangent toutes les infos, les émotions, les images et les événements. La nuit, c’est la digestion de la vie, mais pour la tête. Bah moi je digère mal. Euh, je mange très bien, rassurez-vous hein. Je suis confinée avec 5 amours de créatifs dont deux cuisiniers. Je suis au paradis, je vous ai dit.
Mais je parle de digestion. Quand je me couche, j’ai l’impression d’être encore en train de mastiquer ma journée, ma délicieuse journée oisive, ensoleillée, qui sent la forêt, le printemps, et fait des bruits d’apéros et de machine à café. 

Alors quand vient la nuit et que je ferme les yeux, juste… au lieu de se ranger sur le côté et de tout trier, ma journée et ma tête, bras dsu bras dsou en titubant, comme deux vieilles copines bourrées, bah elles continuent à foncer, à engranger, à parler fort entre elles. C’est fatiguant les filles, là fermez-la, merde !
Ma tête est têtue. 

Mes rêves sont brutaux, tordus, réalistes et sans filtres et me donnent une impression de gueule de bois des méninges. Ah mais oui, bien sûr, gueule de bois des méninges, normal : gueule de bois épidémique de mes deux vieilles copines bourrées, tête et journée.


Hey pssssst ! Les rêveurs, les discrets, les sensibles et les soucieux, j’ai un colis pour vous : des pensées et des clins d’oeil, des high-five et des bisous. 

Et ce colis, vous pouvez vous jeter dessus sans gants ni masque, vous avez ma permission d’arracher le carton, déchirer le scotch, mordre dans les bulles du papier. Pas de virus dans cette boîte-là, jamais, zéro. Promis. 

Marie

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2 commentaires

  1. Cette « éruption » sans sommeil est un acte créatif unique et bien réel. Un talent salvateur à suivre sans modération.
    Fumette : Poumons sensibles, éviter si possible (oh! sorry)
    (non, pas sorry at all !)
    Hermionne C (comme comachin, confiserie, comat, crécelle, Corsica, Poutine, etc.)

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