Giorgios, notre chef cuisinier grec, par le truchement du Covid 19, s’offre un voyage immobile dans le Haut-Bréda et vous propose une lecture à deux voix du poème : Ithaque, de Constantin Cavafy, traduit par Marguerite Yourcenar

Giorgos, notre chef cuisinier grec, contraint par le covid 19 à un voyage immobile dans le Haut Bréda, a choisi de partager avec vous aujourd’hui un poème de Constantin Cavafy, l’une des figures les plus importantes de la littérature grecque du Xxème siècle…

Nous le lirons à deux voix, la traduction est de Marguerite Yourcenar…

Contrairement à l’Odyssée d’Homère, où l’Ithaque est la destinée tant désirée d’Ulysse, dans son Ithaque, le poète Constantin Cavafy incite le lecteur à prendre le temps de flâner dans son voyage, de s’enrichir de ses expériences avant de rentrer à l’île.

Quand tu partiras pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,
riche en péripéties et en expériences.

Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni la colère de Neptune.
Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes,
si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer
que par des émotions sans bassesse.

Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni le farouche Neptune,
si tu ne les portes pas en toi-même,
si ton cœur ne les dresse pas devant toi.

Souhaite que le chemin soit long,
que nombreux soient les matins d’été,
où (avec quelles délices !) tu pénètreras
dans des ports vus pour la première fois.

Fais escale à des comptoirs phéniciens,
et acquiers de belles marchandises :
nacre et corail, ambre et ébène,
et mille sortes d’entêtants parfums.
Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums.

Visite de nombreuses cités égyptiennes,
et instruis-toi avidement auprès de leurs sages.
Garde sans cesse Ithaque présente à ton esprit.
Ton but final est d’y parvenir,

mais n’écourte pas ton voyage :
mieux vaut qu’il dure de longues années,
et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse,
riche de tout ce que tu as gagné en chemin,
sans attendre qu’Ithaque t’enrichisse.

Ithaque t’a donné le beau voyage :
sans elle, tu ne te serais pas mis en route.
Elle n’a plus rien d’autre à te donner.

Même si tu la trouves pauvre, Ithaque ne t’a pas trompé.
Sage comme tu l’es devenu à la suite de tant d’expériences,
tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques.

Ἰθάκη

Κείμενο (αυθεντικό):

Σὰ βγεῖς στὸν πηγαιμὸ γιὰ τὴν Ἰθάκη,
νὰ εὔχεσαι νἆναι μακρὺς ὁ δρόμος,
γεμάτος περιπέτειες, γεμάτος γνώσεις.

Τοὺς Λαιστρυγόνας καὶ τοὺς Κύκλωπας,
τὸν θυμωμένο Ποσειδῶνα μὴ φοβᾶσαι,
τέτοια στὸν δρόμο σου ποτέ σου δὲν θὰ βρεῖς,
ἂν μέν᾿ ἡ σκέψις σου ὑψηλή, ἂν ἐκλεκτὴ
συγκίνησις τὸ πνεῦμα καὶ τὸ σῶμα σου ἀγγίζει.

Τοὺς Λαιστρυγόνας καὶ τοὺς Κύκλωπας,
τὸν ἄγριο Ποσειδώνα δὲν θὰ συναντήσεις,
ἂν δὲν τοὺς κουβανεῖς μὲς στὴν ψυχή σου,
ἂν ἡ ψυχή σου δὲν τοὺς στήνει ἐμπρός σου.

Νὰ εὔχεσαι νά ῾ναι μακρὺς ὁ δρόμος.
Πολλὰ τὰ καλοκαιρινὰ πρωϊὰ νὰ εἶναι
ποὺ μὲ τί εὐχαρίστηση, μὲ τί χαρὰ
θὰ μπαίνεις σὲ λιμένας πρωτοειδωμένους·

νὰ σταματήσεις σ᾿ ἐμπορεῖα Φοινικικά,
καὶ τὲς καλὲς πραγμάτειες ν᾿ ἀποκτήσεις,
σεντέφια καὶ κοράλλια, κεχριμπάρια κ᾿ ἔβενους,
καὶ ἡδονικὰ μυρωδικὰ κάθε λογῆς,
ὅσο μπορεῖς πιὸ ἄφθονα ἡδονικὰ μυρωδικά.

Σὲ πόλεις Αἰγυπτιακὲς πολλὲς νὰ πᾷς,
νὰ μάθεις καὶ νὰ μάθεις ἀπ᾿ τοὺς σπουδασμένους.
Πάντα στὸ νοῦ σου νἄχῃς τὴν Ἰθάκη.
Τὸ φθάσιμον ἐκεῖ εἶν᾿ ὁ προορισμός σου.

Ἀλλὰ μὴ βιάζῃς τὸ ταξείδι διόλου.
Καλλίτερα χρόνια πολλὰ νὰ διαρκέσει.
Καὶ γέρος πιὰ ν᾿ ἀράξῃς στὸ νησί,
πλούσιος μὲ ὅσα κέρδισες στὸν δρόμο,
μὴ προσδοκώντας πλούτη νὰ σὲ δώσῃ ἡ Ἰθάκη.

Ἡ Ἰθάκη σ᾿ ἔδωσε τ᾿ ὡραῖο ταξίδι.
Χωρὶς αὐτὴν δὲν θἄβγαινες στὸν δρόμο.
Ἄλλα δὲν ἔχει νὰ σὲ δώσει πιά.

Κι ἂν πτωχικὴ τὴν βρῇς, ἡ Ἰθάκη δὲν σὲ γέλασε.
Ἔτσι σοφὸς ποὺ ἔγινες, μὲ τόση πείρα,
ἤδη θὰ τὸ κατάλαβες ᾑ Ἰθάκες τί σημαίνουν.

(στη μνήμη του Δρ Θωμά Ευθυμίου, που αγαπούσε τόσο τα καλά αναγνώσματα)

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6 commentaires

  1. Votre voix, Giorgios, grave et sensuelle, lancée dans l’air du Haut-Bréda, pourrait faire écho, de mont à mont, à celle d’un pope en Macédoine. Frisson esthétique, pas moins, à me laisser prendre par le son de votre voix et vous suivre dans ce voyage immobile. Merci.

  2. Voilà. J’ai enfin vaincu mon appréhension d’écouter ce poème. Tant la langue grecque me manque au quotidien. Tant l’intranquilité ronge le quotidien. Le chagrin redouté n’est pas venu. Les yeux clos j’ai vu de blanches mouettes traverser le ciel. Ah la belle journée que voilà !

  3. J’ai adoré votre lecture à deux voix du poème de Konstantinos Kavafis. Grec et français.Le choix d’alterner les deux langues et d’alterner voix masculine et féminine était judicieux. Je suis membre de »L’En-Vers des mots », club de poésie multilingue et multiculturel. J’ai transmis ce podcast à Yann, notre président et nous avons eu l’idée d’ajouter ce poème au recueil que nous composons pour l’équipe de réanimation de l’hôpital de Mulhouse. Pourriez-vous nous donner l’autorisation de le faire? Bravo à I. et à Giorgos! Et pour moi voici que j’ai l’envie de dépoussiérer ma connaissance de la langue grecque …mais à défaut, passons à l’anglais:
    I hope you will treat us with another poem soon, Giorgos!

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