Salut cher Alexandre,

ici, dans notre une grande et vieille baraque éclairée par un soleil montagnard nous sommes 6 personnes planquées

Il y a Giorgos, cuisinier, un peu photographe, un peu poète grecque et philosophe à ses heures ; il est arrivé l’automne dernier depuis son nord de la Grèce pour faire tourner la cuisine durant la saison d’hiver.

Il y a Marie, un peu comédienne de théâtre, un peu teufeuse et fofolle, un peu littéraire et libertaire. Elle était là pour faire vivre la salle de l’aubergerie, accu eillir et prendre soins de gens de passage.

Il y a Blondin, prof d’éco et bouquiniste ambulant, un peu orateur à la mémoire sans limite et moniteur de surf sur les vagues landaises.

Il y a Pédro, la police des forêts, il n’aime pas que je l’appelle de la sorte. C’est vrai qu’il est amoureux de son métier ; la forêt est son bureau et les oiseaux ses collègues de boulot.

Il y a Isa, rédactrice pour une télé européenne, un peu céramiste créative, un peu voyageuse et amatrice de bons vins, et beaucoup mon amoureuse

et puis il y a moi, Thom, j’étais un peu cuisinier, un peu serveur et plongeur, un peu réparateur en tout genre et un peu patron de l’aubergerie

Oui, j’étais parce que là, maintenant, par ce beau printemps de l’an de grâce 2020, j’ai fermé la porte des affaires. 

Plus de clients. 

Plus de cuisine.

Plus personne à l’heure de l’apéro au zinc qui attend sont kir ou son communard à la framboise

Plus de fins de soirées sans fin autour de quelques verres de génépis,

la danse a changé de tempo. 

Le comptable valse avec la banquière, 

les impôts zwinguent avec les reports d’URSAFF

et moi j’administre…

et…

  je ré-apprends à  regarder le temps qui passe.

C’est la crise du Covid, en confinement les covidés. 

Je change de rythme de travail, de rythme de vie, je m’adapte à cette nouvelle contrainte. 

Je retrouve une vie que je connais bien. Regarder les mouvements de la montagne, écouter pousser l’herbe du printemps, humer tranquillement le temps qui passe, accompagner mon âne heureux qui sort de l’hivernage.

Tu le sais, avant j’était berger. Je partais chaque printemps en transhumance dans les alpages, seul avec mon chien et quelques centaines, quelques milliers de brebis. Ça durait tout l’été. Dans une solitude choisie ma vie était besogneuse et très contemplative. Loin de toutes turpitudes urbaines, je gardais des moutons. Il m’était impossible de faire tout et n’importe quoi. Mes journées de berger étaient rythmées par des contraintes tranquilles. Par exemple, Le premier village, les premiers voisins, la première route goudronnée  étaient à 2 ou 3 heures de marche. Alors, je n’y allais pas. Je prenais juste le temps de faire ce qu’il m’était possible de faire.

Aujourd’hui, ce confinement, ça me rappelle tout ça. J’aime le temps qui s’arrête, presque. Il ne s’arrête pas vraiment, Je me lance dans toutes ces réparations sur la baraque que je repoussais depuis 10 ans au moins. Une multitude de petits travaux qui m’attendent depuis si longtemps, de petits projets non prioritaires… et, dans notre société moderne du 21ème siècle où tout va si vite,  le luxe est bien d’avoir le temps. 

Tu me demandes ce que je n’ai pas fais pendant ce confinement ? Eh bien je ne suis pas parti en voyage. C’est tout. C’est peu. C’est rien. C’est ce que j’avais comme projet pour le  mois d’avril, mon mois de fermeture depuis trois ans. Ce n’est que pendant cette période que je cesse d’accueillir des gens qui voyagent, des gens qui prennent des vacances. Au mois d’avril, je pars en balade…Je  pars à la découverte de lieux étrangers. Les relations s’inversent, là, c’est l’autre qui m’offre son hospitalité et sa différence à lui. Mais tu sais, cela ne me manque pas. Ici, avec mes 5 compagnons de confinement planqués, nous vivons cette expérience de la différence. Nous nous essayons à un autre rythme. Nous établissons des relations régies par des règles dont nous n’avons pas l’habitude. 

Alors tu vois, je ne suis pas parti en vacances, c’est si peu de chose.

En revanche, j’aime pas ce confinement là, je n’aime pas ne pas décider pour mes affaires. Subir et soumettre mes perspectives est une confiture amère. 

Je suis pressé d’en sortir et de tout faire pour que nous en sortions grandis d’une façon ou d’une autre.

Allez, mon cher Alexandre, donne-moi de tes nouvelles.

Nous nous reverrons très bientôt, j’en suis sûr.

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4 commentaires

  1. Alexandre n’a pas laissé de commentaire. Alors je le fais à sa place, moi qui me souviens et de votre amitié et de quand tu étais berger. Vivement le 11 mai ! Vivement toi et Alexandre! vivement le mouvement retrouvé! Et … heureux anniversaire! Bénédicte

    1. Merci Bénédicte ! Et oui il y a deux Alexandre, et si tu as des nouvelles d’Alex du Tournesol, cela me ferait un immense plaisir…
      A très bientôt dans la vie réelle.

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