Le vieux bonhomme nous chante les hommes qui se foutaient de tout mais aussi un chant d’amour ! Du haut de son immeuble urbain grenoblois et solitaire, il nous fait partager la suite de sa conversation avec la planète, avant de boire son pastis…

Le vieux bonhomme est en colère

En ce début de printemps sous le soleil radieux,
le ciel bleu lumineux,
les oiseaux chantant,

les fleurs s’épanouissant,
les humains restent chez eux.
La paix et la tranquilité demeurent et le monde dort.

Sur sa terrasse le vieux bonhomme lit un poème de Rimbaud, il le découvre beau.
Ce n’est pas encore le temps de son pastis.

Tout à coup,
furieux,
il se lève brutalement.

« Arrète planète,
arrète,
ça suffit.
Retire ta flèche empoisonnée
avant qu’il n’y ait plus d’humains sur terre. »

Mais il sait bien qu’il crie en vain. Dame planète n’a pas d’oreilles, pas de voix,
même pas d’âme.

Malgré tout, triste, il chante.

Les hommes avaient perdu le goût
De vivre, et se foutaient de tout
Leurs mères, leurs frangins, leurs nanas Tout ça c ́était du cinéma

Le ciel redevenait sauvage, Le béton bouffait l ́paysage. Alors …

Il lui envoie quand même une supplique à cette foutue planète,
sachant bien qu’il crie dans le désert. Pourquoi supprimer

tous les enfants si beaux sans savoir
si, plus tard grandis,
ils seront poètes ou bandits ?

Pourquoi anéantir tous ces humains,
qui, justement, veulent te sauver, planète. Et ils se multiplient
partout et en grand nombre.

Comme Bernard et Nathalie, leur jardin sans pesticide, leur toilette sèche
et leur couses à vélo.

Ou comme ces petits paysans loin dans les Indes conservant les graines
de toutes les plantes

de la planète.
Et toutes ces belles choses
de filles et de garçons
de tous les âges,
de toutes les conditions,
en poésies, en chansons,
en belles images qu’on se partage
là où on est,
entre amis,
loin des musées,
loin des grandes salles et de leurs fauteuils de velours.

Comme il a du temps et que …
Non, il est trop en colère,
sa solitude lui pèse,
il n’a pas l’esprit à inventer un poème.

Par contre il a trouvé
au fin fond d’un vieux grimoire
quelque chose qui lui a semblé de circonstances.

D’un coup brutal, sans crier gare, elle vous supprime des vivants implacablement,
ne vous donnant

même pas le temps
de la voir arrivant,
et laissant
en sursis vos êtres aimants.

Parfois, après avoir donné de grands coups de dents,
vous bouffant un morceau de foie, de cerveau ou de coeur elle vous laisse mijoter souffrant
longtemps,
tout en ricanant
méchament.

Souvent elle prend
son temps,
savourant
doucement à petites dents
un peu d’envie ou d’énergie,
un soupçon de rêve ou d’espoir, de souffle ou de mémoire.

2

Lentement, encore vivant,
le corps gardant sa forme, même élégant, peu à peu se réveille vielli et décati
d’une marche à l’autre descendant inexorablement
au fond du trou, rayé du monde des vivants, définitivement.

Mais consolante,
toujours aimante,
rassurante,
même attirante,
homme ou femme indifférente, nul n’échappe à la tranchante.

Tous coupables au tribunal de la vie Pas de rémission pas de grâce possibles Qu’importe les qualités, vices ou délits Sa flèche ne manque jamais sa cible.

Le vieux bonhomme ne sait pas d’où vient ce texte terrible, qui l’a écrit,
qui l’a déposé sans crier gare
dans ce vieux grimoire.

Il est vieux et il se sent visé.
Il se demande même si ce poème n’a pas été composé à son intention particulière.
Mais ils se sent très bien
dans son corps, sa tête et son coeur.
La tranchante le guète bien sûr.
Il sait qu’elle viendra un jour
mais le plus tard sera le mieux.

Et il a encore envie de chanter
pour montrer à cette foutue planéte, malgré tous ses méfaits
qu’il y a de belles choses sur terre. Et d’abord les chansons d’amour.

Deh, vieni alla finestra, o mio tesoro, Deh viena consolar il pianto mio.
Se neghi a medi dar qualche ristoro, Davanti agli ochi tuoi morir vogl’io …

Comme le ciel est bleu, comme la montagne et les fleurs sont belles, il va s’asseoir sur sa terrasse
contempler ces beautés de la nature
et boire son pastis.

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Patrick Sibille – 4 avril 2020 3

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3 commentaires

  1. En attendant la tranchante
    Je vous propose ma prose
    « En reflet »

    Je cultive mon existance
    Je traque les rides de ma concience
    Je polis mon âme

    Tu fauches les existances
    Tu moissonnes les conciences
    Tu récoltes les âmes

    Je te souris
    Tu te ris de moi

    2010… je travaille encore…

    1. salut l’ami, j’espère que tout ce passe bine de ton côté? Merci pour ce joli texte. C’est super de savoir que nous sommes écouté du côté de la plaine…

      1. C’est bien de l’enchantement.
        Pour le reste nous sommes en forme.
        Du côté entreprise c’est … incertain… fin mai c’est loin, mai »s » c’est pour ne las dire juin.
        L’école à la maiso, là c’est surprenant !!!
        Au plaisir de te voir l’ami.
        Arvi

        Ps : dans la plaine il y a de l’écho.

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